De la restauration de la confiance des investisseurs à la modernisation de la gestion publique, l’histoire récente du Trésor public togolais porte aussi la marque de Ekpao Adjabo, haut fonctionnaire méthodique, technicien chevronné des finances publiques et discret artisan d’une transformation institutionnelle majeure.
Nommé à la tête de la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique en janvier 2018, l’ancien inspecteur central du Trésor conduit depuis lors une transformation profonde d’une administration devenue l’un des principaux instruments de la stabilité financière de l’État.
Rigoureux dans la gestion, prudent dans l’approche et déterminé dans la conduite des réformes, Ekpao ADJABO s’est inscrit dans la durée comme l’un des artisans de cette mutation.
Les chiffres du marché régional, les réformes comptables, la gestion de la dette et la transparence financière permettent aujourd’hui de mesurer le chemin parcouru.

LE CHIFFRE QUI RACONTE UNE TRAJECTOIRE
C’est l’encours de la dette de l’administration centrale budgétaire du Togo à fin décembre 2024, contre 3 707,84 milliards FCFA un an auparavant. Le ratio d’endettement s’établit à 69,16 % du PIB, sous le plafond communautaire de 70 % fixé par l’UEMOA.
Pris isolément, ce chiffre pourrait raconter une histoire de dette croissante. Mais il raconte aussi l’histoire d’un État qui, depuis plusieurs années, a considérablement renforcé ses instruments de gestion de trésorerie, sa capacité à accéder au marché régional et ses outils de suivi de la dette.
C’est précisément dans cet univers que s’inscrit l’action de Ekpao ADJABO. Nommé directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique en janvier 2018, alors qu’il était jusque-là inspecteur central du Trésor, ce technicien expérimenté des finances publiques arrive à la tête d’une administration confrontée à un défi immédiat : restaurer la confiance des investisseurs et améliorer la capacité de l’État à mobiliser des ressources dans de bonnes conditions.
Près d’une décennie plus tard, le décor a changé. Le Togo est devenu un émetteur régulier du marché des titres publics de l’UEMOA. Les opérations d’adjudication enregistrent régulièrement des niveaux de souscription élevés. La qualité de l’information financière s’est améliorée. La dette fait désormais l’objet de publications statistiques régulières et de stratégies à moyen terme.
La comptabilité publique poursuit également sa mutation. Et surtout, le Trésor n’est plus seulement perçu comme le service chargé de payer et d’encaisser. Il est devenu un véritable centre de pilotage financier de l’État.
UN HOMME ARRIVÉ AU MOMENT OÙ TOUT ÉTAIT À RECONSTRUIRE
Lorsque le nouveau patron du Trésor, alors jeune responsable appelé à prendre en main un chantier considérable, prend les commandes de la DGTCP en 2018, le marché financier régional n’est pas encore acquis à la signature togolaise.
Les faibles niveaux de souscription enregistrés sur certaines émissions constituent alors un sujet de préoccupation.
La mission du nouveau directeur général est claire : rassurer les investisseurs, renforcer la crédibilité de la signature de l’État et améliorer les mécanismes de gestion de la dette et de la trésorerie.
L’enjeu dépasse donc largement la comptabilité. Pour un État moderne, la capacité à mobiliser de l’argent sur le marché régional est une question de crédibilité.
Chaque émission est un test. Chaque adjudication permet de mesurer l’appétit des investisseurs pour les titres publics. Chaque remboursement réussi contribue à renforcer la réputation financière du pays.
C’est dans ce contexte que Ekpao ADJABO, gestionnaire prudent et homme de méthode, installe progressivement une nouvelle culture de gestion. Le directeur général met l’accent sur la qualité comptable, la maîtrise de la trésorerie, la mobilisation des ressources internes et externes ainsi que la modernisation des outils.
Dans son message officiel, il présente d’ailleurs la mission du Trésor comme une obligation de reddition des comptes, de transparence et de responsabilité. Il insiste également sur la qualité comptable, la gestion dynamique de la trésorerie, la mobilisation des ressources et la digitalisation des finances publiques. Cette philosophie va progressivement se traduire dans les réformes.
Ceux qui travaillent régulièrement à ses côtés décrivent un responsable particulièrement exigeant envers lui-même. Il accorde une grande importance à la précision, au respect des procédures et à la qualité du travail rendu. Pour lui, un dossier ne doit pas simplement être terminé. Il doit être correctement traité, vérifié et suffisamment documenté.
« Il peut revenir plusieurs fois sur un même dossier jusqu’à être certain que tout est conforme« , nous confie l’un de ses collaborateurs.
De même, son assiduité au travail est souvent ressenti. Il est un responsable très présent dans le suivi des activités, attentif aux détails et soucieux de ne pas laisser les dossiers importants en suspens.
« Ce qui frappe, c’est son attachement au travail bien fait. Il préfère prendre le temps nécessaire plutôt que de valider quelque chose dont il n’est pas pleinement satisfait« , a révélé un ancien collègue à lui.
LE PREMIER CHANTIER : ASSAINIR ET RENDRE PLUS LISIBLE
L’un des éléments les plus significatifs du bilan de Ekpao ADJABO se trouve dans les réformes engagées dès les premières années de son mandat.
En 2019, le directeur général du Trésor rappelait que le processus d’assainissement des finances publiques avait permis l’assainissement des comptes de la balance générale et la production régulière des comptes de gestion par les comptables publics.
Autre indicateur avancé à l’époque : 107 régies de recettes avaient été créées dans les ministères et institutions afin de faciliter la collecte des recettes de services.
Le Trésor indiquait également que les arriérés de la dette commerciale privée avaient été entièrement apurés.
L’effet sur le niveau d’endettement était alors spectaculaire. Le ratio de dette était passé de 81,1 % du PIB en 2016 à 68,7 % à fin novembre 2019, permettant au Togo de respecter à cette date les critères de convergence de l’UEMOA. Ces résultats ne sauraient naturellement être attribués au seul directeur général. Ils sont le fruit des décisions du gouvernement et du travail de plusieurs administrations financières.
Mais Ekpao ADJABO, en homme de responsabilité et de méthode, se trouve au cœur du dispositif institutionnel chargé de les mettre en œuvre.
C’est précisément ce qui caractérise son rôle : transformer les orientations de politique financière en procédures, en systèmes et en résultats opérationnels. Et quand on se renseigne sur l’homme, ce n’est pas surprenant.
« Nous avons un directeur général qui est exigeant, parfois même très exigeant, mais cette exigence commence par lui-même. Il attend des autres le même sérieux qu’il s’impose personnellement« , disent ses collaborateurs.
LE COMPTE UNIQUE DU TRÉSOR : LA RÉFORME QUI CHANGE LA LOGIQUE DE LA CAISSE PUBLIQUE
Parmi les réformes structurantes, le Compte unique du Trésor (CUT) occupe une place particulière.
Son principe est simple : mieux centraliser les disponibilités publiques afin que l’État puisse avoir une vision plus précise de sa trésorerie et éviter que des ressources restent inutilisées dans une multitude de comptes alors que d’autres services connaissent des besoins de liquidités.
Au Togo, le CUT était déclaré opérationnel depuis novembre 2018 et connecté au système de paiement électronique de la BCEAO.
Derrière cette réforme technique se trouve une véritable révolution administrative. Un État qui maîtrise mieux ses disponibilités peut mieux programmer ses paiements. Il peut réduire les tensions de trésorerie. Il peut améliorer la prévisibilité de ses engagements. Il peut aussi disposer d’une vision consolidée de ses ressources.
C’est ici que le titre de ce dossier prend tout son sens. Un Trésor public plus confortable, ce n’est pas un Trésor qui dispose simplement de davantage d’argent. C’est un Trésor qui connaît mieux ses ressources, anticipe mieux ses besoins, maîtrise davantage ses flux et sécurise mieux ses paiements. Le confort est donc d’abord un confort de pilotage.
Et derrière cette logique, on retrouve la marque d’un dirigeant davantage porté sur la construction des systèmes que sur les effets d’annonce et surtout sur un travail sans relâche.
« Il arrive que les bureaux soient presque vides et qu’il soit encore là à travailler sur des dossiers. Pour lui, une journée de travail ne s’arrête pas forcément à l’heure habituelle lorsqu’il reste quelque chose d’important à régler« , a-t-on pris.
DE LA CAISSE À LA COMPTABILITÉ PATRIMONIALE
L’autre grande bataille engagée est celle de la modernisation comptable.
Pendant longtemps, la comptabilité publique était principalement centrée sur les mouvements de caisse : ce qui entre et ce qui sort.
La réforme vise à aller vers une comptabilité patrimoniale en droits et obligations constatés. Cela signifie que l’État doit être capable de connaître non seulement ses liquidités, mais aussi ses créances, ses dettes, ses biens, ses obligations et l’ensemble de son patrimoine.
Dès 2018, le Trésor avait lancé une vaste opération de recensement des biens meubles et immeubles de l’État afin de préparer la tenue de la comptabilité des matières et le bilan d’ouverture attendu dans le cadre des directives communautaires de l’UEMOA.
Cette évolution est capitale. Elle rapproche la gestion publique des standards modernes de comptabilité et permet progressivement de répondre à une question essentielle : Que possède réellement l’État et que doit-il réellement ?
Pour le réformateur patient qu’est Ekpao ADJABO, cette réforme relève aussi d’une exigence de transparence. La modernisation comptable n’est donc pas un chantier réservé aux comptables. Elle constitue un instrument de gouvernance.
LE TRÉSORIER DE LA RÉPUBLIQUE EST AUSSI UN GESTIONNAIRE DE RISQUES
Le métier du Trésor a profondément changé. Aujourd’hui, il ne suffit plus de savoir combien l’État doit. Il faut savoir à qui il doit, dans quelle monnaie, à quel taux, pour quelle maturité, à quel moment les remboursements interviendront, combien coûteront les intérêts, quels risques de refinancement existent et quelle combinaison de financements permet de limiter le coût pour l’État.
C’est pourquoi la gestion de la dette est devenue l’un des grands marqueurs de la transformation de la DGTCP.
Le rapport officiel sur la dette publique à fin 2024 indique un encours de 4 217,73 milliards FCFA, dont 2 432,56 milliards de dette intérieure et 1 785,17 milliards de dette extérieure.
La dette intérieure représente ainsi 57,7 % de l’encours. Le même rapport indique que les tirages et émissions de l’année 2024 ont atteint 1 042,11 milliards FCFA, dont 630,91 milliards au titre de la dette intérieure et 411,20 milliards au titre de la dette extérieure.
Ces chiffres montrent l’ampleur de la responsabilité qui incombe à l’administration du Trésor. Ils montrent aussi la nature du métier exercé par ce gestionnaire averti, dont la mission ne consiste plus simplement à tenir les comptes, mais à anticiper les risques et à préserver les équilibres financiers.
La performance d’un directeur du Trésor ne peut pas être mesurée uniquement au montant emprunté. Un État peut facilement mobiliser de l’argent. La vraie question est : à quel coût et avec quels risques ?
Sur ce terrain, les données officielles montrent une évolution intéressante. À fin 2024, la maturité moyenne du portefeuille de dette ressortait à 6,67 ans, contre 6,45 ans en 2023. La maturité moyenne de la dette extérieure est passée de 8,93 ans à 10,28 ans.
Le taux d’intérêt implicite moyen du portefeuille s’établissait à 4,14 %, contre 3,79 % en 2023. Le portefeuille était par ailleurs composé à 98,28 % de dette à taux fixe, ce qui limite le risque de remontée brutale des taux sur une grande partie de l’encours.
Voilà un indicateur particulièrement important. La performance ne réside pas uniquement dans la capacité à lever des milliards. Elle réside aussi dans la capacité à construire une structure de dette compatible avec les capacités futures de remboursement du pays.
Sur ce terrain, le profil de Ekpao ADJABO apparaît davantage comme celui d’un gestionnaire prudent et calculateur que comme celui d’un simple mobilisateur de ressources.
LE GRAND TEST : LE MARCHÉ DES TITRES PUBLICS
C’est probablement sur le marché financier régional que le bilan du Trésor est le plus visible. Chaque émission constitue un examen grandeur nature.
En 2018, Ekpao ADJABO héritait d’une situation où la faiblesse de certaines souscriptions inquiétait les observateurs du marché. Depuis, la tendance s’est considérablement inversée. En avril 2025, le Togo recherchait 20 milliards FCFA. Les investisseurs ont proposé plus de 37 milliards FCFA. Le Trésor a finalement retenu 22 milliards FCFA, soit un taux de couverture de 180 %.
Quelques mois plus tard, le 11 août 2025, le Togo sollicitait 30 milliards FCFA sur une émission de bons du Trésor. Les soumissions atteignaient 60,096 milliards FCFA, soit un taux de couverture de 200,32 %. Le montant finalement retenu était de 33 milliards FCFA. Le 13 novembre 2025, nouvelle opération. Pour 30 milliards FCFA mis en adjudication, les soumissions ont atteint 48,259 milliards FCFA, soit une couverture de 160,86 %. Le Trésor a retenu 33 milliards FCFA.
Ces résultats sont significatifs. Ils montrent que le Togo est devenu sous l’ère Ekpao ADJABO, un émetteur capable de susciter régulièrement un niveau de demande supérieur à ses besoins immédiats.
Bien entendu, cette confiance ne dépend pas d’un seul homme. Elle est liée à la trajectoire macroéconomique du pays, à la politique budgétaire, à l’action du ministère des Finances, à la BCEAO, à UMOA Titres, aux investisseurs et à l’ensemble de la chaîne financière.
Mais la DGTCP est l’un des acteurs centraux de cette mécanique. Et son directeur général, homme de méthode et de continuité, en est le premier responsable administratif.
2026 : LE SIGNAL DES 33 MILLIARDS
La dynamique s’est poursuivie en 2026. Le 26 juin, le Togo a mobilisé 33 milliards FCFA pour un objectif initial de 30 milliards FCFA.
Selon la DGTCP, l’opération a enregistré un taux de couverture de 283,16 %, avec près de 55 milliards FCFA de demandes non retenues. Le résultat est d’autant plus intéressant que cette opération s’inscrivait dans le programme de financement du budget 2026. La stratégie de financement prévoit un recours au marché régional pour une partie des besoins de financement de l’État.
Au 29 juin 2026, le Trésor indiquait avoir mobilisé environ 214,5 milliards FCFA en sept sorties, sur un objectif annuel de 463 milliards FCFA sur le marché régional. Autrement dit, le marché ne constitue plus une solution de dernier recours. Il est devenu un instrument régulier de gestion financière.
Cette évolution constitue aussi un marqueur du travail de l’administrateur persévérant qui a contribué à installer une culture de présence régulière sur le marché.
UNE CRÉDIBILITÉ QUI SE MESURE AUSSI À LA NOTATION
La confiance ne se mesure pas uniquement à la taille des souscriptions. Elle se lit également dans le regard porté par les agences de notation.
Le 18 avril 2025, Standard &Poor Global Ratings a relevé la note souveraine à long terme du Togo de B à B+, avec une perspective stable. L’agence mettait notamment en avant les perspectives économiques solides, les progrès en matière de mobilisation des recettes et la poursuite de la consolidation budgétaire.
Cette amélioration de la notation n’est évidemment pas une récompense personnelle attribuable au directeur général du Trésor. Mais elle constitue un environnement favorable pour l’administration qu’il dirige.
Car une meilleure perception du risque souverain peut contribuer à améliorer la confiance des investisseurs et les conditions d’accès aux financements. Le Trésor se retrouve donc au croisement de deux exigences : mobiliser suffisamment et emprunter intelligemment.
2020 : LE SIGNAL FORT DU REMBOURSEMENT ANTICIPÉ
Un autre épisode mérite de figurer dans le bilan. En janvier 2020, le Togo a procédé au remboursement anticipé d’un emprunt obligataire contracté en 2018.
L’emprunt, initialement d’un montant principal de 61,879 milliards FCFA, avait été lancé alors que le pays recherchait 60 milliards FCFA et avait enregistré un taux de couverture de 103 %.
Au moment du remboursement anticipé, le solde et les intérêts échus représentaient 43,315 milliards FCFA.
Cette opération, présentée par le Trésor comme relevant de la gestion de la dette publique intérieure, illustre une nouvelle dimension de la stratégie : ne pas seulement emprunter, mais aussi gérer activement le portefeuille existant.
Dans la finance publique moderne, le remboursement anticipé, le reprofilage, l’allongement des maturités ou le choix entre différents instruments font partie des outils permettant d’optimiser le coût et le risque.
Là encore, la démarche de Ekpao ADJABO révèle un dirigeant davantage préoccupé par la qualité et la soutenabilité de la gestion que par le seul volume des ressources mobilisées.
LE TRÉSOR À L’HEURE DU NUMÉRIQUE
Le deuxième grand chantier du mandat de Ekpao ADJABO est technologique. La transformation numérique touche aujourd’hui les procédures comptables, les paiements, les systèmes d’information et la gestion de la dette.
Le Trésor a notamment poursuivi le renforcement des compétences autour du SYGADE 6, outil utilisé pour la gestion et le suivi de la dette.
En juillet 2025, une délégation de fonctionnaires nigériens est même venue au Togo dans le cadre d’une mission d’étude consacrée à l’adoption du SYGADE 6 et au renforcement des capacités.
Le Trésor togolais a présenté son expérience dans la production des statistiques de dette et l’élaboration de la stratégie d’endettement.
Le signal est important. Une administration financière qui commence à transmettre son savoir-faire à d’autres administrations de la sous-région n’est plus seulement dans une logique d’apprentissage. Elle devient progressivement un pôle d’expertise. Et cette évolution correspond au profil d’un modernisateur qui mise sur les outils, la compétence et la transmission des savoir-faire.
DE LA DIGITALISATION À LA BANQUE DU TRÉSOR
La modernisation ne s’arrête pas aux logiciels. Le Togo travaille également à développer la fonction bancaire du Trésor.
En 2023, une délégation togolaise s’était rendue auprès du Trésor public ivoirien pour bénéficier de son expérience en matière d’activités bancaires, d’organisation et de fonctionnement d’une banque de dépôts du Trésor.
L’enjeu est considérable. Dans un système moderne, le Trésor doit pouvoir disposer d’une infrastructure permettant de gérer les opérations financières publiques de manière plus efficace, plus sécurisée et plus intégrée.
La logique est toujours la même : réduire les coûts, sécuriser les flux, améliorer la traçabilité et donner au gestionnaire public une vision consolidée des opérations.
C’est cette cohérence entre comptabilité, trésorerie, dette, paiements et systèmes d’information qui constitue l’une des transformations les plus importantes de ces dernières années. Elle illustre également la vision structurée d’un dirigeant qui cherche à faire évoluer le Trésor d’une logique administrative classique vers une véritable architecture financière moderne.
LA TRANSPARENCE COMME NOUVELLE CULTURE
Pendant longtemps, les administrations financières ont parfois été perçues comme des institutions difficiles à comprendre.
Le citoyen savait que l’État collectait des recettes et dépensait de l’argent, mais il ne disposait pas toujours d’un accès simple aux informations permettant de comprendre les mécanismes. La DGTCP veut désormais inscrire la publication de données dans sa culture administrative. Son site met à disposition des bulletins statistiques, des rapports sur la dette, des documents relatifs à l’exécution des opérations financières et des stratégies d’endettement.
Cette évolution rejoint la philosophie affichée par Ekpao ADJABO : la gestion des deniers publics impose une obligation de reddition des comptes. C’est une mutation silencieuse, mais fondamentale. La transparence n’est plus seulement une exigence imposée de l’extérieur par les partenaires techniques et financiers. Elle devient progressivement un outil de gestion.
Sur ce terrain, le dirigeant rigoureux apparaît aussi comme un défenseur d’une administration financière davantage tournée vers la traçabilité et la reddition des comptes.
LE TRÉSOR, AUSSI GARANT DE LA DISCIPLINE DES ORGANISMES PUBLICS
L’action du directeur général se mesure aussi dans les décisions moins spectaculaires. En mars 2024, la DGTCP a ainsi rappelé aux établissements publics administratifs et aux collectivités territoriales leurs obligations concernant le paiement de leurs consommations auprès de la CEET, de la TdE et de Togocom.
Le principe était simple : les organismes publics qui accumulent des impayés risquent de voir leurs subventions amputées du montant correspondant à leurs dettes, afin de permettre le règlement des opérateurs concernés.
Cette décision révèle une autre dimension du métier. Le Trésor n’est pas uniquement celui qui paie. Il doit aussi empêcher que les organismes publics créent de nouvelles tensions financières qui finiraient par remonter vers l’État. C’est de la discipline budgétaire. Et c’est précisément ce que l’on attend d’une administration chargée de protéger la trésorerie publique. Cette fermeté dans la discipline financière complète le portrait d’un directeur général attaché à la rigueur et à la responsabilité.
UNE ADMINISTRATION QUI PRODUIT DAVANTAGE DE DONNÉES
L’une des performances les moins visibles est peut-être celle-ci : le Togo dispose aujourd’hui d’une documentation financière beaucoup plus riche qu’il y a quelques années.
Rapports analytiques de dette, bulletins statistiques trimestriels, stratégies d’endettement à moyen terme, rapports d’exécution des opérations financières de l’État : les publications sont désormais régulières.
Le site du Trésor référence notamment les rapports sur l’exécution des opérations financières à fin décembre 2025, les bulletins statistiques de dette et les documents de stratégie d’endettement. Cette production statistique est essentielle pour les investisseurs, les économistes, les partenaires techniques et financiers, les parlementaires, les chercheurs et les citoyens. Car une finance publique moderne ne se contente pas de gérer. Elle mesure, documente et explique.
Et c’est dans cette culture de la donnée que se retrouve le profil particulièrement méthodique de Ekpao ADJABO.
LE PARADOXE DU BILAN : UN TRÉSOR PLUS PERFORMANT DANS UN ENVIRONNEMENT PLUS CONTRAINT
Il serait cependant trop facile de présenter le parcours comme une succession de victoires. Le Togo reste confronté à des contraintes importantes. La dette publique a atteint 4 217,73 milliards FCFA à fin 2024, contre 3 707,84 milliards FCFA en 2023. Le service de la dette a atteint 797,19 milliards FCFA en 2024, contre 706,07 milliards FCFA en 2023.
Le ratio d’endettement de 69,16 % reste proche du plafond communautaire de 70 %. Le pays doit donc simultanément financer ses besoins de développement, renforcer ses infrastructures, répondre aux enjeux sociaux et sécuritaires et préserver la soutenabilité de sa dette.
C’est tout le paradoxe du métier de Ekpao ADJABO. Il doit rendre le Trésor plus confortable alors que les besoins de l’État augmentent. Il doit mobiliser des ressources sans fragiliser davantage la structure de la dette.
Il doit accélérer les paiements tout en renforçant les contrôles. Il doit moderniser les systèmes tout en formant les hommes. Il doit ouvrir davantage l’administration aux citoyens tout en protégeant les données financières.
Le véritable bilan doit donc être apprécié à l’aune de cette équation. Et c’est peut-être là que se révèle le mieux le tempérament de gestionnaire prudent et de bâtisseur patient qui caractérise son action.
UN « BÂTISSEUR » PLUS QU’UN SIMPLE GESTIONNAIRE
Depuis son arrivée en 2018, Ekpao ADJABO aura vu le Trésor traverser plusieurs séquences économiques : consolidation budgétaire, crise sanitaire, tensions inflationnistes, besoins croissants de financement, pression sur la dette et durcissement progressif des conditions de financement.
Dans ce contexte, ce haut fonctionnaire expérimenté, réputé pour une approche méthodique de la gestion, a inscrit son action autour de plusieurs piliers.
La trésorerie, avec la consolidation du Compte unique du Trésor et une meilleure gestion des liquidités. La dette, avec le développement des outils de stratégie, de suivi et de gestion des risques.
Le marché financier, avec une présence régulière et une amélioration de la capacité de mobilisation.
La comptabilité, avec la transition vers une approche patrimoniale. La digitalisation, avec la modernisation des systèmes et des procédures. La transparence, avec la publication régulière des données financières. Les ressources humaines, avec le renforcement des compétences des agents. La discipline financière, avec un contrôle accru des organismes publics. C’est l’addition de ces chantiers qui permet de comprendre son bilan.
LES CHIFFRES QUI PARLENT POUR LUI
Dès 2018, Ekpao ADJABO prend les commandes de la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique ( DGTCP) en succédant à Mashoud Yerima Amadou. Cette même année, le Compte unique du Trésor devient opérationnel et est connecté au système de paiement électronique de la BCEAO, marquant une étape importante dans la modernisation de la gestion de la trésorerie publique. En 2019, 107 régies de recettes sont annoncées dans les ministères et institutions. La même année, le ratio d’endettement est ramené de 81,1 % du PIB en 2016 à 68,7 % à fin novembre 2019, selon les données communiquées par la DGTCP.
L’année 2020 vient ensuite illustrer une autre dimension de la gestion du Trésor : la gestion active de la dette. Le Togo procède au remboursement anticipé de 43,315 milliards FCFA correspondant au solde et aux intérêts d’un emprunt obligataire initial de 61,879 milliards FCFA. Lancée en 2018 alors que le pays recherchait 60 milliards FCFA, cette émission avait enregistré un taux de couverture de 103 %.
Cette opération témoigne d’une approche qui ne se limite plus à mobiliser des ressources, mais qui consiste également à gérer avec méthode le portefeuille de dette existant.
En 2024, les chiffres donnent la mesure des responsabilités auxquelles est confrontée l’administration du Trésor. L’encours de la dette de l’administration centrale atteint 4 217,73 milliards FCFA, dont 2 432,56 milliards de dette intérieure et 1 785,17 milliards de dette extérieure. Le ratio d’endettement s’établit à 69,16 % du PIB, tandis que le service de la dette atteint 797,19 milliards FCFA. Ces données dessinent le profil d’un environnement financier exigeant, dans lequel le directeur général doit concilier mobilisation des ressources, maîtrise des risques et soutenabilité de la dette.
Les performances enregistrées sur le marché régional en 2025 et 2026 viennent compléter cette trajectoire. En 2025, le Togo mobilise 22 milliards FCFA sur 20 milliards recherchés, avec un taux de couverture de 180 %.
Une autre émission de bons du Trésor reçoit 60,096 milliards FCFA de soumissions pour 30 milliards recherchés, soit 200,32 % de couverture, tandis qu’une opération réalisée en novembre recueille 48,259 milliards FCFA pour 30 milliards recherchés, soit 160,86 %. La même année, S&P Global Ratings relève la note souveraine du Togo de B à B+, avec une perspective stable.
En 2026, le signal se renforce encore : le Togo mobilise 33 milliards FCFA pour 30 milliards recherchés, avec un taux de couverture annoncé de 283,16 %. Pris ensemble, ces indicateurs illustrent la montée en puissance d’un Trésor devenu un acteur régulier et crédible du marché financier régional, sous la conduite d’un directeur général dont le parcours est désormais associé à la rigueur, à la méthode et à la transformation progressive de l’administration financière.
CE QUE CES CHIFFRES DISENT VRAIMENT
Pris séparément, chacun de ces chiffres peut sembler technique. Pris ensemble, ils dessinent une trajectoire.
En 2018, le problème était de reconstruire la confiance. Aujourd’hui, le Togo est capable de mobiliser régulièrement des montants importants sur le marché régional, parfois avec des demandes deux ou trois fois supérieures aux montants recherchés.
En 2018, l’enjeu était également de moderniser la gestion de trésorerie. Aujourd’hui, le Compte unique du Trésor, les systèmes de paiement, les outils de gestion de dette et la production statistique font partie de l’architecture financière de l’État. La comptabilité patrimoniale était encore un chantier. Aujourd’hui, la DGTCP poursuit cette transformation et publie régulièrement des données permettant de suivre l’évolution de la dette et des opérations financières.
Le parcours est donc moins celui d’un homme qui aurait fait des miracles que celui d’un haut fonctionnaire expérimenté, rigoureux et persévérant qui a accompagné, coordonné et porté dans la durée une transformation institutionnelle majeure. Et c’est probablement là que réside la performance.■
Codjo Prosper AKPOVI