Les résultats provisoires proclamés dans la nuit de lundi à mardi par la Commission électorale nationale indépendante (CENA) confirment la large avance de Romuald Wadagni. Ces résultats portent sur 90% des bulletins dépouillés. Il va succéder le 23 mai à Patrice Talon qui se retire après deux quinquennats, conformément à la Constitution. Au cours de ses deux mandats, le Bénin a connu un boom économique mais aussi une augmentation des violences djihadistes dans le nord et un tour de vis sur les libertés publiques.
Alors que le pays attendait les chiffres officiels, Paul Hounkpè a choisi de briser le silence. Par un communiqué diffusé ce lundi (13.04.2026), le leader du parti Forces Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE) a acté la victoire de Romuald Wadagni, avant même que la CENA ne monte au créneau. Il obtient 5,95%. Pour beaucoup, ce geste est comme une soupape de sécurité, apaisant les tensions post-électorales. Dans les rues, si l’humilité du candidat est saluée, son caractère précoce divise.
Diverses réactions dans les rues de Cotonou
« Ça dénote un peu de la maturité de notre démocratie. C’est sûr que M. Hounkpè a des émissaires dans tout le pays qui ont certainement ramené ses scores dans les différentes contrées, qui l’ont poussé à rapidement déclarer sa défaite« , analyse un citoyen béninois rencontré à Cotonou.
Un autre, toujours dans la capitale économique béninoise affirme ne pas savoir pourquoi Paul Hounkpè « s’est un peu précipité, puisque logiquement il devait laisser la CENA donner les dernières tendances. On suppose qu’il a voulu parler, il a voulu féliciter son homologue Wadagni, mais en réalité il ne devait pas s’agiter« .
Contrairement au précédent, une autre citoyenne interrogée sur le geste du candidat Hounkpè y voit « une preuve d’humilité. Un peu précipité certes, mais à voir tout ce qu’il s’est passé sur le terrain, dans les bureaux de vote respectifs, je pense qu’on ne pourrait pas avoir une autre réaction de Hounkpè que celle qu’il vient de manifester. Donc c’est bon pour la démocratie« .
Fait rare sur le parcours politique du Bénin
Après la publication du communiqué reconnaissant la victoire de Romuald Wadagni, le camp de l’opposant Paul Hounkpè s’est muré dans un silence total. Ses proches n’ont souhaité ni commenter, ni faire une déclaration supplémentaire.
Pour Sitou Aloïs Djibom, analyste politique et président du mouvement S.U.D, cette reconnaissance anticipée est une preuve de grandeur qui s’aligne sur la réalité du terrain.
« Il aurait pu attendre, mais qu’est-ce qu’il a gagné ? Il a montré qu’il est un grand homme démocrate. Le fait qu’il accepte sa défaite est tout à son honneur et c’est également en concordance avec le raz-de-marée qu’a eu le candidat Wadagni« , pense Sitou Aloïs Djibom.
Désormais, les chiffres de la CENA sont venus confirmer ce que Paul Hounkpè avait déjà admis. En évitant le bras de fer, il offre au pays un atterrissage en douceur. Une page se tourne, laissant place aux défis de la mise en œuvre d’un programme qui semble avoir rallié une large majorité de suffrages.
La participation au vote s’élève à 58,75% selon la CENA. Les résultats définitifs relèvent de la compétence de la Cour constitutionnelle.
